Il y a la lumière, et il y a l’ombre.
Dans la lumière, Aurélie Judlin dirige un cabinet de conseil de premier plan, spécialisé dans la santé mentale et l’humain au travail. Elle y analyse les structures, prévient les risques psychosociaux, répare les collectifs.
Dans l’ombre, Aurélie Gérard prend le relais. Là où l’experte cherche à guérir, la romancière cherche à disséquer. Elle s’aventure là où les convenances s’arrêtent : dans la violence muette des huis clos familiaux, dans la folie qui guette derrière les apparences lisses, et dans la mémoire traumatique qui ne s’efface jamais. Originaire de Nancy, elle est l’auteure de Au diable nos adieux, salué pour sa justesse et sa délicatesse. Son second roman, Légitime démence paraîtra en décembre 2025.
LEGITIME DEMENCE
Il existe des secrets qui façonnent une existence, d’autres qui la brisent. En 1997, Valentine tente de survivre à un événement qu’elle tait. Marius, son fils, naît dans ce silence. Des années plus tard, devenu policier, il s’échine à faire parles les autres, sans savoir que la vérité le concernant a été soigneusement enfouie. Dans une langue précise et nerveuse, Légitime démence sonde la mémoire du corps, les filiations invisibles et le lent travail de la vérité qui cherche à surgir. C’est une méditation romanesque sur les conséquences du silence et sur les failles que nous portons, parfois sans le savoir.
Roman – Broché – 286 pages // Editions Hello – ISBN 9782386277429
AU DIABLE NOS ADIEUX
Lorsque Sophie vit ses dernières heures, Gabrielle, sa meilleure amie, se doit d’honorer une promesse qu’elle lui avait faite quelques années auparavant. En accédant à ses dernières volontés, Gabrielle plonge dans la vie intime de son amie et glisse peu à peu dans une réalité parallèle. Son destin se retrouve alors mêlé à celui de Marine, riche héritière, prisonnière de ses démons.
Entre amitié inébranlable et questionnement amoureux, ce roman explore l’espoir face à l’adversité.
Roman – Broché – 198 pages // Editions Hello – ISBN 238462699X
ENTRETIEN : DANS LES COULISSES DE « LEGITIME DEMENCE »
À l’occasion de la sortie de son nouveau roman, Aurélie Gérard revient sur la genèse de Légitime Démence. Un thriller psychologique sombre et poignant qui interroge la frontière entre protection et destruction.
Q : Le titre de votre roman, Légitime Démence, sonne comme une variation troublante de la « légitime défense ». Est-ce là la clé de voûte de votre histoire ?
Aurélie Gérard : Absolument. C’est tout le paradoxe que vit Valentine, mon personnage principal. Habituellement, la démence est vue comme une chute, une perte de contrôle. Ici, je voulais explorer l’idée que la folie peut être un refuge, une armure. Face à un traumatisme insoutenable — l’agression qu’elle subit dans le bois de Vincennes —, son esprit se fracture pour survivre. Sa fuite, son silence, et même ses pulsions, tout cela devient pour elle une forme de défense légitime contre l’horreur. La question qui traverse le livre est : peut-on commettre l’impensable — abandonner son enfant — par amour et par protection ?
Q : Le roman est construit sur une double temporalité et une double trajectoire. D’un côté Valentine en 1997, de l’autre Marius, son fils, en 2023. Pourquoi ce choix de structure ?
A.G. : Je voulais confronter deux visions du même secret. Avec Valentine, nous sommes dans l’immédiateté du drame, dans la chair et le sang. On vit sa descente aux enfers, ses tentatives désespérées pour « faire bonne figure » jusqu’à ce que ce soit impossible. Avec Marius, vingt ans plus tard, nous sommes dans l’enquête, dans la recherche de la vérité. Marius est un flic, mais c’est avant tout un fils qui a grandi sur un mensonge : la mort supposée de sa mère. Cette structure en miroir permet de montrer comment le silence d’une génération devient le traumatisme de la suivante. Le passé ne meurt jamais vraiment, il attend juste son heure.
Q : Justement, le silence est presque un personnage à part entière dans ce livre…
A.G. : Oui, c’est le poison qui irrigue toute l’intrigue. Samir, le père, ment pour protéger son fils. Yvonne, la grand-mère, se tait pour ne pas briser l’équilibre précaire. Valentine se tait par honte et par terreur. J’ai voulu disséquer cette mécanique familiale où l’on pense bien faire en cachant la vérité, alors qu’on ne fait que creuser un fossé infranchissable. Dans Légitime Démence, le silence n’est pas l’absence de bruit, c’est un mur de béton qui sépare les êtres qui s’aiment.
Q : Vous ancrez votre récit dans des lieux très contrastés : la grisaille de l’hôpital psychiatrique en région parisienne et la lumière aveuglante de la Côte d’Azur (Saint-Raphaël, Port-Grimaud). Quel rôle jouent ces décors ?
A.G. : Le contraste est essentiel. Vincennes et l’hôpital représentent l’enfermement, la grisaille intérieure de Valentine. Le Sud, c’est la promesse d’une renaissance, d’une « table rase ». Mais j’ai voulu montrer que la lumière du soleil ne suffit pas à chasser les ombres. Même à Saint-Raphaël, au milieu des touristes et de la mer bleue, la noirceur de Valentine la rattrape. C’est aussi là qu’elle rencontre Sabrina, un personnage solaire qui va lui offrir une amitié indéfectible, mais qui va aussi, indirectement, précipiter son destin tragique.
Q : Valentine est une « anti-héroïne » complexe. On a envie de la secouer, puis de la protéger. Avez-vous eu peur de la rendre détestable en lui faisant abandonner son fils ?
A.G. : C’était le grand défi de ce livre. L’abandon maternel est le tabou ultime. Mais je ne voulais pas écrire l’histoire d’une mère indigne, je voulais écrire l’histoire d’une femme brisée qui se croit toxique pour son enfant. Valentine est persuadée qu’elle porte la violence en elle, qu’elle est « contaminée ». Partir, pour elle, c’est sauver Marius de sa propre folie. J’espère que le lecteur, en entrant dans sa tête, comprendra que sa fuite est son sacrifice le plus douloureux.
Q : Sans dévoiler la fin, on peut dire que c’est un roman sur les rendez-vous manqués…
A.G. : C’est un roman sur l’irréparable. Sur le fait que le temps perdu ne se rattrape pas, malgré toute la bonne volonté du monde. La fin est une course contre la montre entre une mère qui veut en finir et un fils qui veut comprendre. C’est tragique, oui, mais c’est aussi, d’une certaine manière, une forme de libération pour eux deux. La vérité finit toujours par éclater, même si c’est parfois trop tard.
Légitime Démence, disponible dès le 26 décembre 2025 en librairie et sur les plateformes.
INTERVIEW PAR JULIE ET SES LECTURES
ENTRE DEUIL ET RENAISSANCE : Rencontre avec Aurélie Gérard pour son roman Au diable nos adieux
C’est une histoire de destins croisés, de femmes puissantes et fragiles à la fois, liées par un homme et par les hasards de la vie. Dans son premier roman, Au diable nos adieux, Aurélie Gérard tisse une toile émotionnelle complexe où le deuil de l’une percute la renaissance de l’autre. Entretien.
Q : Votre roman s’ouvre sur un objet mystérieux et moderne : une clé USB. Est-ce le véritable point de départ de l’histoire ?
Aurélie Gérard : Oui, tout part de cette clé. C’est un objet anodin en apparence, qui traîne dans un tiroir, mais qui contient une charge émotionnelle explosive. Pour Gabrielle, l’héroïne de la première partie, cette clé est le dernier lien avec sa meilleure amie décédée, Sophie. Elle contient la correspondance amoureuse de Sophie avec son amant, Victor. C’est ce qui va déclencher l’obsession de Gabrielle : elle va plonger dans l’intimité d’une histoire qui n’est pas la sienne, cherchant à comprendre, à juger, et peut-être à prolonger la vie de son amie à travers ses mots.
Q : Le livre est construit en deux parties distinctes, donnant la parole à deux femmes très différentes : Gabrielle et Marine. Pourquoi ce choix de structure ?
A.G. : Je voulais explorer les deux faces d’une même médaille. Gabrielle est l’amie loyale, dévastée par le deuil, une avocate battante qui perd pied. Elle représente la colère et la mémoire. De l’autre côté, il y a Marine, l’épouse de Victor. Au début, on pourrait la voir comme la « femme trompée », la riche héritière un peu effacée. Mais il était crucial pour moi de lui donner sa voix. Je voulais montrer que derrière les apparences, derrière la façade de la famille parfaite, il y a des souffrances invisibles et, surtout, une capacité de résilience insoupçonnée. Ce sont deux solitudes qui gravitent autour du même homme sans se connaître… jusqu’à ce que le destin s’en mêle.
Q : Justement, parlons de Marine. C’est un personnage qui évolue énormément. Elle passe de la soumission à une forme de libération…
A.G. : Marine est un personnage qui me touche beaucoup. Elle a grandi écrasée par sa famille, les Beaujouan, et par ses frères tyranniques. Elle s’est construite dans l’ombre, cherchant la sécurité auprès de Victor. La découverte des infidélités de son mari va agir comme un électrochoc. Au lieu de s’effondrer définitivement, elle va chercher son propre « centre de gravité », comme lui conseille une coach lors d’une retraite. Sa renaissance passe par l’acceptation de ses failles, mais aussi par l’action : reprendre ses études, créer son entreprise. Elle décide de ne plus être définie par le regard des autres.
Q : Victor est le point commun entre Sophie, Gabrielle et Marine. Pourtant, il est très absent, presque fantomatique. Est-il le « méchant » de l’histoire ?
A.G. : Je ne voulais pas de manichéisme. Victor est coupable, c’est certain. Il ment, il trompe, il fuit les confrontations (notamment avec Gabrielle). Mais à travers les lettres de la clé USB, on découvre aussi un homme capable d’aimer profondément, passionnément. Il est lâche, oui, mais il est humain. C’est l’absence de Victor et ses silences qui poussent les femmes du roman à se remettre en question et à avancer. Il est le catalyseur de leurs transformations respectives.
Q : Le deuil est un thème central, traité avec beaucoup de justesse à travers Gabrielle. Vous écrivez : « L’espoir fatigue le corps mais alimente l’esprit. Le deuil délaisse le corps pour mieux démolir l’esprit. »
A.G. : Le deuil de l’amitié est souvent moins documenté que le deuil amoureux ou familial, alors qu’il est tout aussi dévastateur. Gabrielle et Sophie, c’était une fusion, une vie partagée pendant vingt ans. Quand Sophie meurt, Gabrielle perd son témoin, son miroir. J’ai voulu décrire ce deuil « brut », cette colère qui cherche un coupable (en l’occurrence Victor), et cette difficulté à continuer à vivre quand l’autre n’est plus là. Gabrielle doit apprendre à lâcher prise, ce qui est le plus dur pour elle qui aime tout contrôler.
Q : Le titre, Au diable nos adieux, résonne comme un cri de révolte. Que signifie-t-il pour vous ?
A.G. : C’est un refus. Le refus de Gabrielle de dire adieu à Sophie, de la laisser partir vraiment. C’est aussi, d’une certaine manière, le refus de Marine de dire adieu à son mariage malgré la trahison, préférant réinventer les règles du jeu. Et enfin, c’est peut-être un pied de nez à la fatalité : on ne se dit pas adieu, car ceux qu’on a aimés et ce qu’on a vécu continuent de vivre en nous, sous une autre forme.
Q : Sans dévoiler la fin, la rencontre finale entre Gabrielle et Marine est un moment d’une ironie mordante. C’était important qu’elles se croisent ?
A.G. : Absolument. C’est le point d’orgue du roman. Le hasard (ou l’improbabilité de la coïncidence, comme je le cite en exergue) les réunit dans un contexte professionnel. C’est le moment où les fantasmes se confrontent à la réalité. Gabrielle, qui détestait l’épouse inconnue, se retrouve face à une femme digne et forte. Et Marine… Marine voit un détail – un sac à main – qui lui fait comprendre le lien, mais elle choisit sa réaction. C’est une scène qui scelle leur évolution à toutes les deux.
Q : Que souhaitez-vous que les lecteurs retiennent en refermant ce livre ?
A.G. : Qu’il n’est jamais trop tard pour devenir soi-même. Que ce soit à travers une épreuve terrible comme la perte d’une amie, ou une trahison conjugale, la vie nous offre toujours une opportunité de nous redéfinir. Gabrielle et Marine, chacune à leur façon, apprennent à vivre pour elles-mêmes. C’est un roman sur la force des femmes, qu’elle soit bruyante et colérique ou silencieuse et déterminée
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